
Bonjour à toi qui me lis,
Il y a plus de 20 ans je rencontrais le clown. Il a surgi comme ça, lors d’un stage, il a pris les manettes et ne m’a jamais quittée, même quand j’ai cru qu’il l’avait fait. On en a fait de la route ensemble ! Il m’a tellement ouvert de portes, et la plus belle, celle d’oser accompagner les groupes et les personnes, et de me mettre sur la croisée des chemins de gens formidables.
Nous avons vécu des joies profondes mais des galères aussi. Nous n’avons pas toujours été bons amis. Comme je lui en ai voulu de ne pas toujours être là, de me déserter. Avec le recul je pense plutôt que je ne lui laissais pas sa place et que c’est moi qui me désertais.
Aujourd’hui il est temps pour moi de lui lâcher la main. Pas complètement mais dans la forme qu’il prenait avec moi. La vie me montre qu’il ne faut pas s’accrocher, que s’accrocher c’est parfois s’abîmer. Cela ne laisse pas de place à la nouveauté.
Ah ce fameux lâcher prise !
Il ne m’a pas été et il ne m’est pas facile de prendre une telle décision. Un chemin de deuil s’ouvre devant moi. Combien de temps cela demandera ? Je n’en ai aucune idée mais je suis prête. Il me faut lui lâcher la main pour accueillir ce nouveau, ces nouvelles rencontres, ces nouveaux rires joies et galères… mais autrement.
Et quand je dis il faut, ce n’est pas dans le sens d’une injonction, d’un devoir, mais dans le sens qu’il s’agit de lâcher la main pour faire place à autre chose. Gougaud disait « fais-toi creux pour ce qui vient ».
Aussi je viens vous annoncer ici, non sans tristesse, la fin des stages.
Je n’abandonne pas le clown – qui peut l’abandonner après l’avoir rencontré ? – je lui laisse simplement prendre une autre forme. Je ne sais pas si elle sera carrée, rectangulaire, octogonale, ronde ou sera surprenante et tout à fait insoupçonnée à ce jour, je laisse pour cela le temps, le vide, la vie me guider.
J’aimerais vous dire que cela a été une joie profonde de vous accompagner, que je n’oublierai jamais les rires, les ratés, les émerveillements, les pleurs aussi, et la magie de tout ce que j’ai pu vivre à vos côtés.
Je ne vais pas cesser d’accompagner car cette empreinte est indélébile pour moi, mais autrement.
Longue vie au clown et belle vie surtout aux humains que nous sommes.
S’il est un message qu’il me reste de cette éducation chrétienne et qui pour moi est un message humaniste et non religieux, c’est bien, Que la paix soit avec toi.
En ces temps de chaos, puissions nous être des semeurs et des semeuses de paix.
Véronique